Le stress est bon pour la santé. Vraiment ?
Et si nous arrêtions de voir chaque sensation de stress comme un problème à éliminer ?
Je vous propose ici de combattre quelques raccourcis sur le stress : comprendre que le stress n’est pas toujours un ennemi, apprendre à reconnaître le stress utile et découvrir comment changer son regard pour mieux traverser les défis du quotidien.
1. Une idée qui surprend
Vous sentez votre cœur accélérer avant un rendez-vous important, une prise de parole ou un examen ?
Votre première pensée est peut-être :
Et si cette réaction signifiait plutôt :
Le stress a souvent mauvaise réputation. On l’associe à la fatigue, aux troubles du sommeil, à l’irritabilité ou encore à l’épuisement.
Pourtant, la réponse de stress n’est pas, en elle-même, un dysfonctionnement. Elle participe aux mécanismes d’adaptation de l’organisme face à une demande ou à un défi.
Les travaux de Bruce McEwen sur l’allostasie ont notamment montré que l’organisme maintient son équilibre en s’adaptant en permanence aux changements de son environnement. Une réponse de stress peut donc avoir une fonction adaptative à court terme. Le problème apparaît notamment lorsque les systèmes de réponse sont sollicités trop souvent, trop longtemps ou récupèrent insuffisamment.
Il s’agit plutôt de distinguer :
- le stress ponctuel, qui peut participer à la mobilisation des ressources ;
- le stress intense ou prolongé, qui peut devenir coûteux pour l’organisme ;
- la manière dont nous interprétons nos sensations, qui peut également influencer notre expérience de la situation.
2. Le stress : une réaction d’adaptation
Le stress apparaît lorsqu’une situation est perçue comme exigeante, incertaine ou importante.
Il peut être déclenché par :
- un entretien professionnel ;
- une prise de parole ;
- un changement de vie ;
- un conflit ;
- une échéance ;
- une compétition ;
- une décision importante ;
- une situation nouvelle.
Le cerveau joue un rôle central dans cette réponse : il évalue la situation, son degré de menace ou de défi et les ressources dont nous disposons pour y faire face.
Cette évaluation mobilise notamment des systèmes nerveux, hormonaux et cardiovasculaires qui permettent à l’organisme de s’adapter.
McEwen et ses collaborateurs décrivent cette capacité d’adaptation comme une forme de stabilité obtenue grâce au changement : l’organisme modifie temporairement son fonctionnement pour répondre aux exigences de la situation.
Avant un rendez-vous professionnel, deux personnes peuvent ressentir exactement les mêmes signes :
- cœur qui bat plus vite ;
- respiration accélérée ;
- mains moites ;
- ventre noué ;
- esprit très attentif.
L’une peut se dire :
L’autre :
La réaction physique peut être comparable, mais la signification qui lui est attribuée peut modifier la manière dont elle est vécue.
C’est précisément ce phénomène qui a été étudié par Jamieson, Nock et Mendes. Dans une étude expérimentale, les participants invités à réinterpréter leur activation physiologique comme une ressource plutôt que comme un signe de débordement présentaient des réponses cardiovasculaires et cognitives plus favorables dans la situation stressante étudiée.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une simple pensée puisse rendre n’importe quelle situation facile. Cela signifie plutôt que l’interprétation de nos sensations peut faire partie de la façon dont nous nous adaptons à une situation stressante.
3. Eustress et détresse : deux façons de parler du stress
L’eustress : le stress qui mobilise
Le terme eustress est couramment utilisé pour désigner une forme de stress vécue comme stimulante, mobilisatrice ou utile.
Il peut accompagner une situation qui demande un effort, une adaptation ou une mobilisation temporaire.
Par exemple :
- se préparer à une échéance ;
- se concentrer avant une présentation ;
- relever un défi ;
- apprendre quelque chose de nouveau ;
- sortir temporairement de sa zone de confort.
Quand le stress devient problématique
Une réponse de stress devient plus préoccupante lorsqu’elle est très intense, répétée ou prolongée et que l’organisme dispose de peu de possibilités de récupération.
Les travaux sur la charge allostatique montrent notamment que les systèmes qui nous permettent de nous adapter peuvent devenir coûteux lorsqu’ils sont sollicités de façon répétée ou restent activés trop longtemps.
On peut donc poser une question beaucoup plus intéressante que :
Mais aussi :
« Cette activation m’aide-t-elle à faire face à la situation, ou ai-je le sentiment de ne plus pouvoir récupérer ? »Ainsi, le stress ponctuel et la mobilisation qu’il entraîne ne sont pas à mettre sur le même plan qu’une exposition chronique à des facteurs de stress sans récupération suffisante.
4. Pourquoi nos sensations de stress peuvent-elles être utiles ?
Lorsque nous sommes confrontés à une situation exigeante, le système cardiovasculaire participe à la mobilisation de l’organisme. Ainsi, le cœur qui accélère fait partie de la réponse physiologique normale au stress.
Le cœur qui accélère
Avant de prendre la parole, par exemple, vous pouvez sentir votre cœur battre plus vite. Cette sensation peut être impressionnante. Pourtant, elle ne permet pas de prédire que vous allez perdre vos moyens.
Votre cœur accélère.
Il s’agit simplement de l’un des signes indiquant que votre organisme est activé. Vous pouvez donc ressentir cette activation sans en conclure que vous allez échouer.
La respiration qui change
La respiration peut elle aussi se modifier lorsque l’organisme se met en état d’activation. Elle peut devenir plus rapide ou plus ample.
Cependant, cette modification peut être ressentie comme inquiétante, surtout lorsque nous l’interprétons immédiatement comme le signe d’un danger.
Les papillons dans le ventre
Le système digestif entretient des interactions étroites avec les systèmes nerveux et hormonaux impliqués dans la réponse au stress. Un ventre noué peut donc accompagner une situation importante sans constituer, à lui seul, la preuve qu’un danger est présent.
L’attention qui augmente
Une situation importante peut également augmenter notre niveau de vigilance. Dans certaines circonstances, cette mobilisation peut nous aider à repérer des informations pertinentes, à anticiper et à nous adapter.
Être activé(e) ne garantit pas la réussite.
L’activation peut fournir certaines ressources pour faire face. En revanche, la réussite dépend aussi de la préparation, des compétences, du contexte, des ressources disponibles et de la récupération.
5. Le rôle de notre interprétation
Une sensation n’est pas une prédiction
Face à une sensation physique, notre cerveau cherche rapidement à lui donner du sens.
Et parfois, il va un peu vite.
- cœur qui bat vite = « danger » ;
- mains moites = « je vais perdre le contrôle » ;
- tension musculaire = « je ne vais pas y arriver » ;
- nervosité = « je vais échouer ».
C’est là qu’intervient la réévaluation cognitive : une stratégie qui consiste à modifier la manière dont nous interprétons une situation ou une émotion afin d’en modifier l’impact.
Les travaux de James Gross et de nombreux chercheurs en régulation émotionnelle montrent que la réévaluation cognitive constitue l’une des stratégies étudiées pour modifier l’expérience émotionnelle, notamment en agissant sur la signification donnée à une situation.
Transformer le message intérieur
Au lieu de :
Vous pouvez essayer :
Au lieu de :
Vous pouvez essayer :
Au lieu de :
Vous pouvez essayer :
Attention à la pensée positive forcée
Il ne s’agit surtout pas de se répéter que tout va bien lorsque la situation est réellement difficile.
L’objectif est plutôt de rechercher une interprétation plus réaliste, plus souple et plus utile.
6. Voir le positif ne signifie pas nier le négatif
Dire à une personne stressée :
peut sembler encourageant. Mais ce conseil est parfois insuffisant, voire culpabilisant.
Certaines situations sont objectivement difficiles : surcharge professionnelle, problèmes financiers, maladie, conflit familial, manque de sommeil ou accumulation de contraintes.
Cependant, changer de perspective peut aider à mieux faire face, mais cela ne remplace pas :
- la résolution du problème ;
- le repos ;
- le soutien de l’entourage ;
- une organisation différente ;
- un accompagnement médical ou psychologique lorsque cela est nécessaire.
« Le stress peut parfois participer à notre adaptation, mais il devient problématique lorsqu’il est excessif, durable ou que nous ne parvenons plus à récupérer. »
7. La réévaluation cognitive : changer de perspective
La réévaluation cognitive consiste à regarder une situation sous un autre angle afin d’en modifier la signification émotionnelle.
Il ne s’agit pas d’inventer une histoire rassurante. Au contraire, il s’agit de vérifier si notre première interprétation est la seule possible.
Un bruit survient pendant la nuit.
Première interprétation :
Le corps se met immédiatement en alerte.
Interprétation alternative :
La nouvelle interprétation ne supprime pas automatiquement toute vigilance. Elle permet simplement de ne pas transformer immédiatement une hypothèse en certitude.
Les questions à vous poser
- Qu’est-ce que je ressens exactement ?
- Quelle histoire suis-je en train de me raconter sur cette sensation ?
- Est-ce une certitude ou une hypothèse ?
- Quelles preuves confirment cette interprétation ?
- Existe-t-il une autre explication plausible ?
- Que puis-je faire concrètement maintenant ?
- De quelles ressources est-ce que je dispose ?
- Quelle serait la prochaine petite étape utile ?
8. Exemples concrets du quotidien
Dans les situations de performance
Réaction automatique
Réévaluation
Action concrète
Réaction automatique
Réévaluation
Action concrète
Réaction automatique
Réévaluation
Action concrète
Dans les situations du quotidien
Message anxiogène
Message plus aidant
L’objectif n’est pas de supprimer toute nervosité, mais d’éviter que l’enfant l’interprète automatiquement comme la preuve qu’il est incapable.
Même pendant une séance de relaxation
Avant une séance, une personne peut penser :
Une formulation plus réaliste serait :
Les pratiques de relaxation peuvent constituer des outils de récupération pour certaines personnes. Elles ne consistent pas à nier le stress, mais peuvent aider à développer des stratégies pour revenir progressivement vers un état plus calme.
9. Comment cultiver une perception plus utile du stress ?
Voici une méthode simple en cinq étapes.
Nommer
« Je ressens de la nervosité, de la tension ou de l’appréhension. »
Nommer ce qui se passe permet de distinguer la sensation de l’histoire que notre cerveau lui associe.
Normaliser
« Mon organisme réagit à une situation importante ou nouvelle. »
Cela ne signifie pas que tout est facile. Cela signifie simplement que la réaction physiologique peut avoir une logique.
Réinterpréter
« Cette activation peut m’aider à être attentif(ve) et à mobiliser mon énergie. »
Agir
Choisir une action concrète :
- préparer ;
- demander de l’aide ;
- faire une pause ;
- commencer par une petite étape ;
- ralentir progressivement l’expiration ;
- clarifier la priorité.
Récupérer
Après une période de mobilisation, prévoir un retour au calme :
- marcher ;
- respirer tranquillement ;
- s’étirer ;
- dormir suffisamment ;
- limiter les sollicitations ;
- prendre un temps de pause sans écran.
10. Le cerveau et le fait de voir le positif
Le cerveau cherche constamment à donner du sens à ce que nous vivons. Notre première interprétation n’est toutefois pas toujours la seule possible.
Lorsque nous adoptons une lecture plus souple et moins catastrophique, nous pouvons alors consacrer davantage d’attention à ce que nous pouvons réellement faire dans la situation.
De nombreuses recherches sur la réévaluation cognitive montrent que modifier la manière dont nous interprétons une situation peut influencer notre réponse émotionnelle.
Pour autant, cela ne signifie pas que nous pouvons décider volontairement de ne plus ressentir de stress.
Il s’agit plutôt de reconnaître que nous pouvons parfois agir sur le sens que nous donnons à ce que nous ressentons.
11. Quand faut-il prendre le stress au sérieux ?
Comprendre que certaines réactions de stress sont normales ne signifie surtout pas qu’il faut banaliser une souffrance importante.
Les travaux sur le stress chronique et la charge allostatique montrent que l’exposition répétée ou prolongée au stress peut avoir des conséquences sur différents systèmes de l’organisme.
Il est important de demander de l’aide si le stress :
- dure depuis plusieurs semaines ;
- perturbe régulièrement le sommeil ;
- provoque une fatigue importante ;
- entraîne des crises d’angoisse ;
- empêche de travailler ou de maintenir ses activités ;
- s’accompagne d’un sentiment d’impuissance ;
- augmente la consommation d’alcool, de médicaments ou d’autres substances ;
- provoque des symptômes physiques persistants.
Dans ces situations, changer son regard sur le stress ne suffit pas nécessairement. Il peut être important d’en parler à un médecin ou à un professionnel de santé qualifié.
Et si vous preniez le temps de comprendre votre stress ?
Dans le cadre de la séance bilan Manessia , nous prenons le temps de comprendre où vous en êtes, quelles sont vos ressources et ce que vous recherchez.
C’est aussi un moment de pause pour récupérer et commencer à identifier les leviers qui peuvent vous aider à retrouver davantage d’équilibre au quotidien.
Découvrir l’accompagnement Manessia12. Alors, le stress est-il bon pour la santé ?
La réponse la plus juste est : cela dépend.
Une activation ponctuelle peut participer à notre adaptation, nous aider à mobiliser notre attention et nous préparer à agir.
Mais un stress durable, intense, répété ou vécu sans possibilité suffisante de récupération peut devenir coûteux pour l’organisme.
La prochaine fois que vous sentirez votre cœur accélérer avant une situation importante, vous pourrez peut-être essayer de vous dire :
« Mon corps se prépare. Je n’ai pas besoin de supprimer complètement ce stress. Je peux apprendre à l’écouter, à y répondre et à retrouver ensuite mon calme. »
Et vous, dans quelles situations votre stress vous aide-t-il à avancer ?
Avez-vous tendance à le vivre comme un signal d’alarme ou comme une énergie à canaliser ?
Parlons de votre stressRéférences scientifiques
- McEwen, B. S. (1998). Stress, adaptation, and disease. Allostasis and allostatic load. Annals of the New York Academy of Sciences, 840, 33–44. DOI : 10.1111/j.1749-6632.1998.tb09546.x
- McEwen, B. S. (2004). Protection and damage from acute and chronic stress: allostasis and allostatic overload. Annals of the New York Academy of Sciences, 1032, 1–7. DOI : 10.1196/annals.1314.001
- McEwen, B. S. (2007). Physiology and neurobiology of stress and adaptation: central role of the brain. Physiological Reviews, 87(3), 873–904. DOI : 10.1152/physrev.00041.2006
- Jamieson, J. P., Nock, M. K., & Mendes, W. B. (2012). Mind over matter: reappraising arousal improves cardiovascular and cognitive responses to stress. Journal of Experimental Psychology: General, 141(3), 417–422. DOI : 10.1037/a0025719
- O’Connor, D. B., Thayer, J. F., & Vedhara, K. (2021). Stress and Health: A Review of Psychobiological Processes. Annual Review of Psychology, 72, 663–688. DOI : 10.1146/annurev-psych-062520-122331
- Wager, T. D. et al. (2013). Cognitive reappraisal of emotion: a meta-analysis of human neuroimaging studies. Cerebral Cortex, 23(12), 2981–2992. DOI : 10.1093/cercor/bht154
- Gravel, H. et al. (2025). Fueled and focused: A brief intervention integrating stress reappraisal and achievement goals improves exam performance and reduces cortisol. Étude expérimentale publiée dans la littérature scientifique.
Ces références sont proposées pour permettre au lecteur de retrouver les travaux scientifiques à l’origine des principaux concepts présentés dans cet article. Elles ne signifient pas que toutes les personnes réagissent de la même manière au stress ou qu’une réinterprétation suffit à résoudre une situation de stress chronique.

